Il y a deux qualités importantes et complémentaires mises en avant dans la liturgie de la Parole : l’humilité et l’accueil.
- Humilité, comme en parle le sage Ben Sirac : « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité et tu seras aimé. »
- Humilité révélée par Jésus dans l’Evangile et concernant les invités du repas. La conclusion est éclairante : « Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ».
- Humilité de ceux qui marchent vers Dieu, comme le dit la lettre aux Hébreux : « Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous les hommes, et vers les âmes des justes arrivés à la perfection. »
- Quant à la qualité évangélique de l’accueil, liée à l’humilité, elle se trouve dans l’évangile avec l’appel de Jésus à inviter des pauvres : « Quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles, et tu seras heureux parce qu’ils n’ont rien à te rendre. »
Ainsi, ce peut être l’occasion pour nous de réfléchir à ces deux qualités évangéliques de l’humilité et de l’accueil pour nous stimuler dans la foi et dans la vie chrétienne.
1er conseil : Devenir humble.
Devenir humble n’est jamais bien facile parce qu’en nous il y a le grand combat avec l’orgueil (son opposé). La première lecture (Ben Sirac le Sage) le disait clairement : « la condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. » Oui, l’orgueil humain est la racine du mal où Dieu n’a pas sa place. Toute la Bible invite le croyant à combattre l’orgueil en vivant dans l’humilité, c’est à dire en se recevant de Dieu et considérant que tout nous vient de Lui. Le mot lui-même (humilité) porte en lui l’idée de terre (humus). Et il faut précisément être humble pour considérer que nous vivons dans la condition d’homme terrestre, mais capable de recevoir de Dieu la grâce qui nous élève pour nous conduire au ciel.
Dans la Bible, on voit comment l’humble est celui qui s’ouvre à Dieu, à sa grâce, alors que l’orgueilleux et fermé à Dieu et très souvent aux autres. Il puise et cherche ses forces en lui même. L’humble, lui, sait qu’il reçoit tout de Dieu et que par lui-même il ne peut rien. Il y a donc une relation très forte entre l’humilité et la grâce qui nous élève : Dieu élève les humbles. L’évangile le dit ainsi : « Qui s’abaisse sera élevé ». Ainsi, pour vivre comme des humbles, il faut s’appuyer sur le Seigneur et non pas sur soi. Il faut désirer servir et aimer le Seigneur et non pas soi-même. Il faut s’en remettre à lui plus qu’à nous-mêmes (sinon, l’orgueil revient au galop).
La qualité spirituelle de l’humilité grandit en nous au fur et à mesure que nous réalisons que nous sommes pécheurs et que la miséricorde de Dieu s’abaisse jusqu’à nous pour nous pardonner. Heureux le pécheur pardonné car il grandit dans l’humilité. Celui qui sait se tourner vers Dieu alors même qu’il est pécheur fait l’expérience de l’humilité car il fait l’expérience de l’amour de Dieu qui donne tout aux cœurs meurtris par le péché mais renouvelés dans la grâce. Notre Dieu est le Dieu des humbles, le Dieu qui aime les pécheurs et les pauvres aux cœurs contrits et s’en remettent entièrement à Lui pour reprendre la route de la vie.
L’humilité que nous avons à vivre se puise dans la prière, dans l’Esprit Saint, dans le regard porté vers le Seigneur Jésus qui a été parfaitement humble dans sa vie, depuis la grotte de Bethléem jusqu’au Calvaire. Et nous devons nous mettre à son école : « Venez à moi car je suis doux et humble de cœur ». Loin de chercher l’orgueilleuse gloire d’une vie d’homme, Jésus s’est abaissé pour sauver les pécheurs, il s’est humilié jusqu’à laver les pieds de ses disciples, il s’est anéanti sur la croix pour nous donner la vie.
L’humilité du Christ nous révèle ainsi la charité divine sans laquelle nous serions perdus. C’est parce qu’il nous a aimés du plus grand amour que Jésus a pu parcourir son chemin d’humilité jusqu’à la Croix. Et pour nous aussi, c’est le même chemin d’humilité qui nous fait grandir dans le commandement nouveau de la charité. L’humilité développe en nous la charité. Saint Augustin disait : « Où est l’humilité, là est la charité ». Et nous savons bien que ceux qui sont humbles cherchent plutôt l’intérêt des autres et savent prendre la dernière place. C’est ce qui nous conduit ainsi à la deuxième parabole d’aujourd’hui.
2e conseil : S’accueillir tel que l’on est.
De fait, l’humilité se vérifie dans la qualité de notre accueil de l’autre. Elle en est même une des conséquences majeures. Car celui qui est humble pour lui-même et devant Dieu saura être humble pour ses frères qui, finalement, sont des pauvres comme lui ! Et lorsque je relis l’évangile d’aujourd’hui, j’entends Jésus me dire : « Quand tu invites pour un dîner, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles… et tu seras heureux. »
Pour nous chrétiens, il est évident que le repas dont il est question nous renvoie précisément à l’eucharistie. Et voyez comme nous sommes tous des invités pauvres, estropiés, boiteux, aveugles ! Ici, il ne peut y avoir d’orgueil car personne ne peut s’enorgueillir d’être invité au Repas du Seigneur. Au contraire, nous ne savons que trop que nous sommes des pauvres que Dieu invite à sa table pour nous combler de sa richesse et de son amour.
Eh oui ! Nous sommes tous des pauvres chargés de multiples pauvretés. Vous et moi, nous sommes tous blessés au fond de nous-mêmes pour de multiples raisons. Il nous faut apprendre à nous accueillir et à nous aimer tels que sommes, c’est à dire comme des pauvres qui — parce qu’ils sont comme dans la parabole les invités préférés du Seigneur — peuvent vivre ensemble et s’asseoir à la même table.
N’ayons pas peur de cette humble transparence, puisque c’est ainsi que le Seigneur nous voit, nous connaît, et surtout nous aime. Apprenons donc à nous accueillir tel que nous sommes, en grand humilité, c’est à dire à nous aimer avec nos pauvretés, nos limites, nos fragilités, nos blessures : « quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles, et tu seras heureux parce qu’ils n’ont rien à te rendre. »
Que notre eucharistie de ce jour « fortifie l’amour en nos cœurs et nous incite à te servir humblement dans nos frères », comme nous y invitera l’oraison après la communion.