La liturgie de ce 5e dimanche du temps ordinaire nous offre de très beaux textes liés au thème de la mission, de l’évangélisation :
o D’abord avec le prophète Isaïe qui, dans une vision lui révélant la sainteté de Dieu, se découvre à la fois pécheur aux lèvres impures, puis brûlé d’amour par le Seigneur après le pardon de ses fautes, et enfin appelé comme « messager ». Alors, dans la grâce de sa vocation nouvelle qu’il vient de découvrir, Isaïe répondra : « Moi, je serai ton messager ; envoie-moi ».
o Puis, saint Paul qui, après nous avoir livré un des tout premier Credo de l’Eglise, se définit comme un « avorton » tant son indigné qu’il reconnaît est grande, lui qui a « persécuté l’Eglise de Dieu ». Mais là encore, la grâce de Dieu a été plus forte que tout pour qu’il soit ce que Dieu voulait qu’il soit : un évangélisateur, un Apôtre de l’Evangile.
o Enfin vient l’évangile selon saint Luc où le récit de la pêche miraculeuse nous découvre un troisième grand évangélisateur, Pierre. Il confesse lui aussi : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur », et comprend ensuite l’appel que lui adresse Jésus : « Désormais, ce sont des hommes que tu prendras. »
Restons un moment avec Pierre et Jésus pour comprendre quelque chose d’important dans notre vie.
La première partie de l’évangile nous montre Jésus avec la foule qui « se presse autour de lui pour écouter la parole de Dieu ». Au même moment, on nous présente des pêcheurs qui sont moins préoccupés à écouter la parole de Dieu qu’à s’occuper de leur retour d’une pêche infructueuse.
C’est là que Jésus va demander une des barques vide d’une nuit sans rien prendre, pour inviter Pierre à remonter dans sa barque tout pour le faire participer à sa mission d’évangélisation : « il s’assit, et de la barque, il enseignait la foule ».
Voilà la 1ère situation : Jésus n’a qu’un souci, celui d’enseigner la parole de Dieu. Pierre n’a qu’un souci, celui de laver ses filets vides. Or, Jésus va entraîner Pierre, sans qu’il s’en rende compte, à se laisser évangéliser. Il va écouter Jésus, une écoute décisive de la Parole de Dieu pour ce qui va suivre.
La deuxième partie de l’évangile se situe après cette période d’enseignement. Jésus va provoquer Pierre, le professionnel de la pêche qui n’a rien pris de toute la nuit, pour qu’il pose un acte de foi : « Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson ». Ce n’est pas le tout d’avoir écouté Jésus ; il faut maintenant réaliser qu’avec Jésus tout est possible. Et le miracle de la pêche miraculeuse dit bien qu’avec Jésus, tout est possible, quand bien même Pierre a encore des doutes et des résistances humaines : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ton ordre, je vais jeter les filets ».
Voilà la 2e situation : Avec Jésus, tout est possible, mais il demande une confiance et un abandon total. C’est la clé de tout ! Non pas se fier à nos incapacités (« nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre »), mais se fier totalement au Seigneur en « jetant les filets ». Quant tout s’appuie sur la confiance en Jésus, les plus grands miracles sont possibles.
La troisième partie de l’évangile nous livre un face-à-face essentiel : « A cette vue, Simon-Pierre tomba aux pieds de Jésus, en disant : « Seigneur, écarte-toi de moi, car je suis un homme pécheur ». Face à Jésus et à ce qu’il fait, on ne peut que se sentir pauvre et incapables, pécheur et indigne. C’est le cas de Pierre qui voudrait que Jésus s’éloigne parce qu’il s’avoue pécheur. Mais Jésus dit à Pierre : « Sois sans crainte ! » comme s’il disait à Pierre : ne t’inquiète pas, je sais bien que tu es pécheur, mais n’aie pas peur de cela ! Ce n’est pas ce qui peut m’arrêter pour t’amener à plus loin et te demander : Est-ce que tu veux me suivre puisque désormais, « ce sont des hommes que tu prendras » ?
Voilà donc la 3e situation : Jésus voit bien plus loin que le péché. Pierre voudrait que Jésus s’éloigne, mais Jésus veut se rapprocher encore plus de Pierre ! Quand Pierre veut fuir, Jésus s’approche et l’appelle ! Quand le péché abonde, la grâce surabonde (c’est ce qu’écrira Pierre lui-même dans sa 1ère lettre). Et l’appel de Dieu commence toujours par « sois sans crainte ».
C’est exactement ce qui s’est passé pour Isaïe qui disait à Dieu : « Malheur à moi ! je suis perdu car je suis un homme aux lèvres impures ». Dieu s’approche de lui et par le charbon brûlant (l’amour brûlant de Dieu), il lui dit : « Ceci à touché tes lèvres, et maintenant, ta faute est enlevé, ton péché est pardonné ». Et l’appel retentit : « Qui enverrai-je ? qui sera mon messager ? ». Isaïe va alors répondre : « Moi, je serai ton messager : envoie-moi ! ». C’est ce qu’on dira de Pierre à la fin de l’évangile : « laissant tout, il le suivit ».
Frères et sœurs, trois invitations à la conversion s’imposent pour avancer au large et jeter les filets :
1ère invitation : Laissons Jésus monter dans la barque de notre vie. Acceptons qu’il vienne chez nous, dans tout ce qui fait notre vie. Prêtons-lui notre cœur comme Pierre lui a prêté sa barque. Faisons ce premier acte de foi, maintenant, dans un cœur à cœur, en disant : « Jésus, je t’invite chez moi. Viens dans ma barque, viens dans ma vie. Viens, Seigneur Jésus !
2e invitation : Laissons Jésus nous dire « sois sans crainte » alors même que nous n’avons que notre misère et notre péché à lui donner. Quand Jésus appelle, il sait très bien qu’il appelle des pécheurs. Et lorsqu’on dit à Jésus : « Seigneur, éloigne-toi de moi car je suis un homme pécheur », il me répond toujours en disant : « sois sans crainte ! ».
Paul l’avait bien compris lorsqu’il disait : « moi, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre puisque j’ai persécuté l’Eglise de Dieu. Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. ». Oui, Jésus sait que nous sommes pécheurs, mais il nous dit : J’ai besoin de toi, même si tu es pécheur.
3e invitation : Quand nous aurons laissé Jésus monter dans la barque de notre vie, quand nous l’aurons entendu nous dire : « sois sans crainte », laissons enfin nos barques et les filets de notre ancienne vie pour le suivre vraiment et nous mettre à son service pour devenir des « pécheurs d’hommes », pour évangéliser, pour annoncer l’amour profond que Dieu a pour tout homme puisque nous l’expérimentons nous-mêmes. Alors, entendons aujourd’hui la parole de Jésus dire à chacun : « Avance au large et jette les filets », les filets de la confiance et de la foi pour entrer dans un dynamisme missionnaire renouvelé.
C’est à cela que nous sommes tous appelés. Car la faim des hommes d’aujourd’hui est criante, comme les foules que Jésus enseignait ! Or, nous ne pouvons pas rester « toute la nuit sans rien prendre ». Il faut entendre Jésus nous dire : « Avance au large et jette les filets », afin de répondre aujourd’hui dans la foi : « Oui, sur ton ordre, je vais jeter les filets ».