Homélies


22e dimanche du Temps ordinaire


 Il y a deux qualités importantes et complémentaires mises en avant dans la liturgie de la Parole : l’humilité et l’accueil.

- Humilité, comme en parle le sage Ben Sirac : « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité et tu seras aimé. »
- Humilité révélée par Jésus dans l’Evangile et concernant les invités du repas. La conclusion est éclairante : « Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ».
- Humilité de ceux qui marchent vers Dieu, comme le dit la lettre aux Hébreux : « Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous les hommes, et vers les âmes des justes arrivés à la perfection. »
- Quant à la qualité évangélique de l’accueil, liée à l’humilité, elle se trouve dans l’évangile avec l’appel de Jésus à inviter des pauvres : « Quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles, et tu seras heureux parce qu’ils n’ont rien à te rendre. »
 
Ainsi, ce peut être l’occasion pour nous de réfléchir à ces deux qualités évangéliques de l’humilité et de l’accueil pour nous stimuler dans la foi et dans la vie chrétienne.
 
1er conseil : Devenir humble.
Devenir humble n’est jamais bien facile parce qu’en nous il y a le grand combat avec l’orgueil (son opposé). La première lecture (Ben Sirac le Sage) le disait clairement : « la condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. » Oui, l’orgueil humain est la racine du mal où Dieu n’a pas sa place. Toute la Bible invite le croyant à combattre l’orgueil en vivant dans l’humilité, c’est à dire en se recevant de Dieu et considérant que tout nous vient de Lui. Le mot lui-même (humilité) porte en lui l’idée de terre (humus). Et il faut précisément être humble pour considérer que nous vivons dans la condition d’homme terrestre, mais capable de recevoir de Dieu la grâce qui nous élève pour nous conduire au ciel.  
 
Dans la Bible, on voit comment l’humble est celui qui s’ouvre à Dieu, à sa grâce, alors que l’orgueilleux et fermé à Dieu et très souvent aux autres. Il puise et cherche ses forces en lui même. L’humble, lui, sait qu’il reçoit tout de Dieu et que par lui-même il ne peut rien. Il y a donc une relation très forte entre l’humilité et la grâce qui nous élève : Dieu élève les humbles. L’évangile le dit ainsi : « Qui s’abaisse sera élevé ». Ainsi, pour vivre comme des humbles, il faut s’appuyer sur le Seigneur et non pas sur soi. Il faut désirer servir et aimer le Seigneur et non pas soi-même. Il faut s’en remettre à lui plus qu’à nous-mêmes (sinon, l’orgueil revient au galop). 
 
La qualité spirituelle de l’humilité grandit en nous au fur et à mesure que nous réalisons que nous sommes pécheurs et que la miséricorde de Dieu s’abaisse jusqu’à nous pour nous pardonner. Heureux le pécheur pardonné car il grandit dans l’humilité. Celui qui sait se tourner vers Dieu alors même qu’il est pécheur fait l’expérience de l’humilité car il fait l’expérience de l’amour de Dieu qui donne tout aux cœurs meurtris par le péché mais renouvelés dans la grâce. Notre Dieu est le Dieu des humbles, le Dieu qui aime les pécheurs et les pauvres aux cœurs contrits et s’en remettent entièrement à Lui pour reprendre la route de la vie.
 
L’humilité que nous avons à vivre se puise dans la prière, dans l’Esprit Saint, dans le regard porté vers le Seigneur Jésus qui a été parfaitement humble dans sa vie, depuis la grotte de Bethléem jusqu’au Calvaire. Et nous devons nous mettre à son école : « Venez à moi car je suis doux et humble de cœur ». Loin de chercher l’orgueilleuse gloire d’une vie d’homme, Jésus s’est abaissé pour sauver les pécheurs, il s’est humilié jusqu’à laver les pieds de ses disciples, il s’est anéanti sur la croix pour nous donner la vie.
 
L’humilité du Christ nous révèle ainsi la charité divine sans laquelle nous serions perdus. C’est parce qu’il nous a aimés du plus grand amour que Jésus a pu parcourir son chemin d’humilité jusqu’à la Croix. Et pour nous aussi, c’est le même chemin d’humilité qui nous fait grandir dans le commandement nouveau de la charité. L’humilité développe en nous la charité. Saint Augustin disait : « Où est l’humilité, là est la charité ». Et nous savons bien que ceux qui sont humbles cherchent plutôt l’intérêt des autres et savent prendre la dernière place. C’est ce qui nous conduit ainsi à la deuxième parabole d’aujourd’hui.
 
2e conseil : S’accueillir tel que l’on est.
De fait, l’humilité se vérifie dans la qualité de notre accueil de l’autre. Elle en est même une des conséquences majeures. Car celui qui est humble pour lui-même et devant Dieu saura être humble pour ses frères qui, finalement, sont des pauvres comme lui ! Et lorsque je relis l’évangile d’aujourd’hui, j’entends Jésus me dire : « Quand tu invites pour un dîner, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles… et tu seras heureux. »
 
Pour nous chrétiens, il est évident que le repas dont il est question nous renvoie précisément à l’eucharistie. Et voyez comme nous sommes tous des invités pauvres, estropiés, boiteux, aveugles ! Ici, il ne peut y avoir d’orgueil car personne ne peut s’enorgueillir d’être invité au Repas du Seigneur. Au contraire, nous ne savons que trop que nous sommes des pauvres que Dieu invite à sa table pour nous combler de sa richesse et de son amour.
 
Eh oui ! Nous sommes tous des pauvres chargés de multiples pauvretés. Vous et moi, nous sommes tous  blessés au fond de nous-mêmes pour de multiples raisons. Il nous faut apprendre à nous accueillir et à nous aimer  tels que sommes, c’est à dire comme des pauvres qui — parce qu’ils sont comme dans la parabole les invités préférés du Seigneur — peuvent vivre ensemble et s’asseoir à la même table.
 
N’ayons pas peur de cette humble transparence, puisque c’est ainsi que le Seigneur nous voit, nous connaît, et surtout nous aime. Apprenons donc à nous accueillir tel que nous sommes, en grand humilité, c’est à dire à nous aimer avec nos pauvretés, nos limites, nos fragilités, nos blessures : « quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles, et tu seras heureux parce qu’ils n’ont rien à te rendre. »
 
Que notre eucharistie de ce jour « fortifie l’amour en nos cœurs et nous incite à te servir humblement dans nos frères », comme nous y invitera l’oraison après la communion.
 
 



21e Dimanche du Temps ordinaire


 Une question a toujours hanté les croyants : ceux qui sont sauvés sont-ils nombreux ou peu nombreux ? Et derrière cette question, il y a celle de mon propre salut : « Serai-je sauvé ou pas ? » A certaines époques, ce problème est devenu tellement aigu, qu’il a provoqué des angoisses et des peurs terribles chez certaine croyants.

 
L’Evangile de ce dimanche nous apprend qu’un jour, cette question a été posé à Jésus : « Dans sa marche vers Jérusalem… quelqu'un lui demanda : Seigneur, n'y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » La question, comme on le voit, porte sur le nombre ; combien de personnes sont sauvées ? Dans sa réponse, Mais Jésus va déplacer la question du « combien » pour en venir au « comment » l’on est sauvé. Et là, Jésus dit : « efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ». On pourrait traduire aussi : « Luttez pour entrer ». Il faut donc le vouloir (efforcez-vous) et se battre pour tenir et vivre sa foi. Nous ne le savons que trop ! Ce qui importe à Jésus, c’est le changement de vie, l’effort, le sérieux de l’existence à vivre sous le regard de Dieu, le combat jusqu’au bout …
 
Ne nous laissons donc jamais piéger par la peur du « combien » mais plutôt par l’exigence du « comment » être sauvés. Car s’il s’agissait vraiment du nombre des sauvés, nous aurions de quoi désespérer, comme l’enseignent certaines sectes qui affirment qu’il n’y aura que 144 000 personnes à être sauvés, tel que l’énonce symboliquement  l’Apocalyse. 
 
La deuxième tentative dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est de se justifier, de donner des arguments pour se faire reconnaître : « Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places ». Même si le maître de maison ne les reconnaît pas, eux semblent pourtant le connaître et le lui rappellent : ils ont été en sa présence pour manger et boire et ils étaient là quand il donnait l’enseignement sur leurs places de village. Mais la réponse est encore sans appel : « je ne sais pas d’où vous êtes ». Et suit la sentence finale : « Eloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal ». Nous venons enfin d’entendre la vraie raison du rejet : La porte étroite ne peut s’ouvrir pour ceux font le mal. Dans le mal que j’ai fait, le Seigneur ne me reconnaît pas. Ceci veut dire que le mal n’entrera pas au ciel, et heureusement !
 
Trois enseignements sont à retenir de cette parabole :
Le premier enseignement concerne la porte elle-même, et pour cela, il nous faut aller voir dans l’évangile selon saint Jean, car nous avons une réponse essentielle (chapitre 10, 9). Jésus dit : « Je suis la porte. Qui entrera par moi sera sauvé ». On doit tenir là ce qu’enseigne l’Eglise : Le Christ Jésus est l’unique Sauveur du monde. Il y a donc un appel très important à la conversion pour accueillir Jésus comme la porte par laquelle vient le salut. Jésus est le sauveur du monde. Il y a aussi une exigence pour nous, celle de témoigner du Christ Sauveur à qui ne le connaît pas. C’est notre mission et notre vocation.
 
Le deuxième enseignement nous concerne, nous aujourd’hui :
En effet, si nous sommes appelés à nous convertir chaque jour, nous finirons quand même notre vie en restant tous pécheurs. Même les plus grands saints n’ont pas réussi à écarter le péché de leur vie. On naît pécheur et on mourra pécheur. Au moment de notre mort, la porte étroite ne sera alors plus celle de la conversion mais celle de la miséricorde et des mérites du Christ obtenus par sa mort sur la Croix. Car nous ne devons pas oublier qu’il est mort pour nous, pécheurs, et qu’il est mort pour que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. C’est l’enseignement du Christ lui-même.
 
Le troisième enseignement doit nous permettre de ne jamais nous transformer en « décideurs » du salut pour les autres. Car le danger c’est de transformer cette parabole en rejet de l’autre ou en guerre sainte contre les infidèles. Plus encore, on pourrait devenir des juges incapables de voir ce qu’il y a de bon chez ceux qui ne partagent pas notre foi et dont on ne connaît pas ce qui se passe dans leur cœur ou dans leur vie. « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés », dit Jésus.
 
Pour nous guérir de ce risque, reconnaissons tout simplement que la limite entre le bien et le mal passe déjà en nous ; nous le savons bien : nous sommes capables du bien comme du mal. Nous sommes divisés en nous-mêmes. Nous faisons le bien et nous faisons le mal. La parabole nous dit quel tri se fera pour entrer dans le Royaume des cieux. Si nous avons fréquenté les sphères du mal, Dieu nous dira : « je ne sais pas d’où vous êtes. Ecartez-vous de moi vous qui faites le mal ». Comme s’il nous disait : « Dans ce mal que tu as fais, je ne te connais pas ». Aucun mal qui est en nous ne pourra entrer par la porte du ciel. Seul le bien sera retenu ; là est la porte étroite par laquelle il nous faut passer jour après jour, conversion après conversion, c’est à dire par la porte qu’est Jésus et son évangile. « On n’entrera pas au ciel avec les pieds sales », disait le saint curé d’Ars.
 
Quant à ceux qui entreront par la porte étroite et qui viennent de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, ce sont tous ceux qui – même s’ils n’ont pas reconnu Jésus comme leur Sauveur – se verront reconnaître par Lui comme ceux qui ont fait le bien et non le mal. Et ils pourront dire alors, comme dans la parabole du Jugement dernier : « Seigneur quand est-ce que nous t’avons vu : tu avais faim et nous t’avons nourri, tu avais soif et nous t’avons donné à boire…etc. Et il leur dira : tout ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ». Sans avoir connu Jésus Sauveur, ils seront reconnus par Lui grâce au bien qu’ils auront fait durant leur vie. Parfois la conscience seule peut laisser transparaître des valeurs proches de l’évangile qui contribuent au bien des hommes, nous faisant discerner que l’Esprit Saint est présent dans ceux qui croient différemment de nous ou qui ne se rattachent à aucune religion.
 
Frères et sœurs, 
- Continuons à cheminer avec le désir de servir le Seigneur Jésus dans une vie passée à faire le bien : elle est là la porte étroite, opposée à l’autre porte, quand nous faisons le mal.
- Continuons à espérer en la miséricorde de Dieu au jour de notre mort pour qu’il efface de nos vies le mal que nous avons fait et ouvre grande sa porte étroite par laquelle sera retenu le bien que nous aurons fait.
- Continuons à croire que l’amour du Seigneur s’exprimera pour tous les hommes de bonne volonté qui ont désiré et fait le bien, qui ont suivi la porte étroite de leur conscience, de la droiture et de la vérité, et à qui le Seigneur ouvrira aussi la porte du ciel.
Demandons donc ensemble la grâce d’une nouvelle conversion, porte étroite et difficile, mais qui nous conduira à « prendre place au festin dans le royaume de Dieu ».
 
 


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