Homélies


6e Dimanche du Temps ordinaire


 « Heureux »… s’il est un mot « magique » qui nous fait tressaillir, c’est bien celui-là ! Le bonheur est notre quête la plus originelle, la plus fondamentale.

 
Tous nos désirs ne sont qu’autant d’expressions de cette unique soif : être heureux, mais d’un bonheur parfait, qui, comme le dit le prophète Isaïe, nous « remplisse comme la mer que comblent les eaux » (Is 11, 9) ; un bonheur qui ne connaisse pas de déclin, qui ne subisse pas l’usure du temps, le vieillissement, et qui surtout échappe à l’humiliation ultime de la mort.
 
Celle-ci est incontestablement l’ennemie la plus redoutée, celle qui met radicalement en cause nos espoirs de bonheur en marquant tous nos projets de ce caractère de précarité qui leur donne une note illusoire. Aussi, « si nous avons mis notre espoir dans cette vie seulement », il est incontestable, comme le dit saint Paul, que « nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes ».
 
Notre évaluation du sens de notre vie dépend paradoxalement du sens que nous parvenons à donner à notre mort. Car si je sais donner sens à ma mort, je saurai donner sens aussi à ma vie. Cependant, cette conviction ne peut devenir le fondement de mon espérance qu’en m’appuyant sur la foi en la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus Christ.
Telle est la Bonne Nouvelle que saint Paul annonce à temps et à contretemps : « Le Christ est ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts, le premier ressuscité » (2nd lect.).
 
Voilà le bonheur que nous pressentons et auquel nous aspirons de tout notre être : la vie en plénitude et sans ombre que nous désirons ne peut être que la Vie divine, à laquelle le Seigneur nous donne part gratuitement dans l’Esprit, moyennant la foi. Seule cette espérance peut donner sens à nos projets humains, qui, sans elle, sombreraient dans l’absurde.
 
Lorsque nous prenons ainsi le temps de la réflexion, nous voyons clairement que notre investissement en ce monde qui passe, ne se justifie qu’en lien étroit avec le Royaume qui ne passera pas, et que nous contribuons mystérieusement à construire par notre activité ici-bas. Mais pas n’importe quelle activité ! Car nous n’emporterons avec nous que les œuvres de charité que l’Esprit Saint a accomplies à travers nous. 
 
Mais comme il est difficile de garder cette orientation surnaturelle de la charité, cette focalisation sur le Royaume, lorsque l’attachement aux biens matériels est trop fort ! Voilà pourquoi notre cœur est prompt « à se détourner de Dieu », et à se complaire dans des réalisations éphémères qui ne comblent jamais notre vraie faim et notre vraie soif.
• Oui, « quel malheur », dit Jésus, d’être riche pour soi-même en ce monde qui passe, et pauvre en œuvres de charité dans le Royaume qui ne passera pas.
• Quelle tristesse, dit Jésus, d’être repu des biens de cette terre au point de ne plus avoir faim et soif de Dieu, notre Bien véritable.
• Qu’il est désolant, dit Jésus, de se réjouir, de se complaire et de s’étourdir loin du vrai bonheur.
 
Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus n’exalte pas la misère, mais il plaint de tout son cœur ceux qui se disent : « Je suis riche, je me suis enrichi, je n’ai besoin de rien », alors qu’ils ne savent pas qu’ils sont, comme le dit l’Apocalypse « misérables, pitoyables, pauvres, aveugles, nus » (3, 17). Au lieu de venir à lui, ils se détournent de lui. N’ayant « mis leur espoir en Dieu que pour cette vie seulement, leur foi ne mène à rien ; ils sont les plus à plaindre de tous les hommes » (2ème lect.).
 
Ce dont Jésus se réjouit, ce n’est pas de l’indigence de ses disciples ou des foules qu’il rencontre, mais de la disponibilité de cœur que cette pauvreté a permis de sauvegarder. Comme si le détachement des choses de la terre consolidait leur attachement aux choses du ciel. Et c’est pour cela que Jésus peut leur dire :
« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux », car vous avez toujours mis Dieu à la première place dans votre vie, vous avez toujours su garder un cœur ouvert au vrai bonheur que Dieu promet et dont vous serez comblés au ciel.
 
C’est seulement avec une telle espérance, une telle promesse de vie qu’on peut découvrir son vrai bonheur et sa vraie richesse.
 
A la lumière de ces paroles du Christ, tout chrétien doit se poser la question suivante :
Sur quelles valeurs je fonde ma vie aujourd’hui ? Est-ce que j’engloutis toutes mes forces et mes désirs seulement pour les quelques années de vie que je passerai sur la terre, ou bien est-ce que la dimension essentielle de mon existence est orientée par la quête et le désir de Dieu qui veut mon bonheur autrement que par le bonheur terrestre ? 
Alors que nous allons fêter ce 18 février sainte Bernadette de Lourdes, souvenons-nous de ce que la Vierge immaculée lui avait dit : « Je ne vous promets pas le bonheur de ce monde, mais de l’autre ».
 
Où est donc mon bonheur ? Où est ma vraie joie de vivre ? Quel est mon désir de Dieu ?
Bonheur, malheur : finalement, c’est aussi à moi de choisir…
 
 



5e Dimanche du Temps ordinaire


 La liturgie de ce 5e dimanche du temps ordinaire nous offre de très beaux textes liés au thème de la mission, de l’évangélisation :

o D’abord avec le prophète Isaïe qui, dans une vision lui révélant la sainteté de Dieu, se découvre à la fois pécheur aux lèvres impures, puis brûlé d’amour par le Seigneur après le pardon de ses fautes, et enfin appelé comme « messager ». Alors, dans la grâce de sa vocation nouvelle qu’il vient de découvrir, Isaïe répondra : « Moi, je serai ton messager ; envoie-moi ».
 
o Puis, saint Paul qui, après nous avoir livré un des tout premier Credo de l’Eglise,  se définit comme un « avorton » tant son indigné qu’il reconnaît est grande, lui qui a « persécuté l’Eglise de Dieu ». Mais là encore, la grâce de Dieu a été plus forte que tout pour qu’il soit ce que Dieu voulait qu’il soit : un évangélisateur, un Apôtre de l’Evangile.
 
o Enfin vient l’évangile selon saint Luc où le récit de la pêche miraculeuse nous découvre un troisième grand évangélisateur, Pierre. Il confesse lui aussi : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur », et comprend ensuite l’appel que lui adresse Jésus : « Désormais, ce sont des hommes que tu prendras. » 
 
Restons un moment avec Pierre et Jésus pour comprendre quelque chose d’important dans notre vie.
 
La première partie de l’évangile nous montre Jésus avec la foule qui « se presse autour de lui pour écouter la parole de Dieu ». Au même moment, on nous présente des pêcheurs qui sont moins préoccupés à écouter la parole de Dieu qu’à s’occuper de leur retour d’une pêche infructueuse.
C’est là que Jésus va demander une des barques vide d’une nuit sans rien prendre, pour inviter Pierre à remonter dans sa barque tout pour le faire participer à sa mission d’évangélisation : « il s’assit, et de la barque, il enseignait la foule ».
Voilà la 1ère situation : Jésus n’a qu’un souci, celui d’enseigner la parole de Dieu. Pierre n’a qu’un souci, celui de laver ses filets vides. Or, Jésus va entraîner Pierre, sans qu’il s’en rende compte, à se laisser évangéliser. Il va écouter Jésus, une écoute décisive de la Parole de Dieu pour ce qui va suivre. 
 
La deuxième partie de l’évangile se situe après cette période d’enseignement. Jésus va provoquer Pierre, le professionnel de la pêche qui n’a rien pris de toute la nuit, pour qu’il pose un acte de foi : « Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson ». Ce n’est pas le tout d’avoir écouté Jésus ; il faut maintenant réaliser qu’avec Jésus tout est possible. Et le miracle de la pêche miraculeuse dit bien qu’avec Jésus, tout est possible, quand bien même Pierre a encore des doutes et des résistances humaines : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ton ordre, je vais jeter les filets ».
 
Voilà la 2e situation : Avec Jésus, tout est possible, mais il demande une confiance et un abandon total. C’est la clé de tout ! Non pas se fier à nos incapacités (« nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre »), mais se fier totalement au Seigneur en « jetant les filets ». Quant tout s’appuie sur la confiance en Jésus, les plus grands miracles sont possibles.
 
La troisième partie de l’évangile nous livre un face-à-face essentiel : « A cette vue, Simon-Pierre tomba aux pieds de Jésus, en disant : « Seigneur, écarte-toi de moi, car je suis un homme pécheur ». Face à Jésus et à ce qu’il fait, on ne peut que se sentir pauvre et incapables, pécheur et indigne. C’est le cas de Pierre qui voudrait que Jésus s’éloigne parce qu’il s’avoue pécheur. Mais Jésus dit à Pierre : « Sois sans crainte ! » comme s’il disait à Pierre : ne t’inquiète pas, je sais bien que tu es pécheur, mais n’aie pas peur de cela ! Ce n’est pas ce qui peut m’arrêter pour t’amener à plus loin et te demander : Est-ce que tu veux me suivre puisque désormais, « ce sont des hommes que tu prendras » ?
 
Voilà donc la 3e situation : Jésus voit bien plus loin que le péché. Pierre voudrait que Jésus s’éloigne, mais Jésus veut se rapprocher encore plus de Pierre ! Quand Pierre veut fuir, Jésus s’approche et l’appelle ! Quand le péché abonde, la grâce surabonde (c’est ce qu’écrira Pierre lui-même dans sa 1ère lettre). Et l’appel de Dieu commence toujours par  « sois sans crainte ».
 
C’est exactement ce qui s’est passé pour Isaïe qui disait à Dieu : « Malheur à moi ! je suis perdu car je suis un homme aux lèvres impures ». Dieu s’approche de lui et par le charbon brûlant (l’amour brûlant de Dieu), il lui dit : « Ceci à touché tes lèvres, et maintenant, ta faute est enlevé, ton péché est pardonné ». Et l’appel retentit : « Qui enverrai-je ? qui sera mon messager ? ». Isaïe va alors répondre : « Moi,  je serai ton messager : envoie-moi ! ». C’est ce qu’on dira de Pierre à la fin de l’évangile : « laissant tout, il le suivit ».
 
Frères et sœurs, trois invitations à la conversion s’imposent pour avancer au large et jeter les filets :
1ère invitation : Laissons Jésus monter dans la barque de notre vie. Acceptons qu’il vienne chez nous, dans tout ce qui fait notre vie. Prêtons-lui notre cœur comme Pierre lui a prêté sa barque. Faisons ce premier acte de foi, maintenant, dans un cœur à cœur, en disant : « Jésus, je t’invite chez moi. Viens dans ma barque, viens dans ma vie. Viens, Seigneur Jésus !
 
2e invitation : Laissons Jésus nous dire « sois sans crainte » alors même que nous n’avons que notre misère et notre péché à lui donner. Quand Jésus appelle, il sait très bien qu’il appelle des pécheurs. Et  lorsqu’on dit à Jésus : « Seigneur, éloigne-toi de moi car je suis un homme pécheur », il me répond toujours en disant : « sois sans crainte ! ».
Paul l’avait bien compris lorsqu’il disait : « moi, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre puisque j’ai persécuté l’Eglise de Dieu. Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. ». Oui, Jésus sait que nous sommes pécheurs, mais il nous dit : J’ai besoin de toi, même si tu es pécheur.
3e invitation : Quand nous aurons laissé Jésus monter dans la barque de notre vie, quand nous l’aurons entendu nous dire : « sois sans crainte », laissons enfin nos barques et les filets de notre ancienne vie pour le suivre vraiment et nous mettre à son service pour devenir  des « pécheurs d’hommes », pour évangéliser, pour annoncer l’amour profond que Dieu a pour tout homme puisque nous l’expérimentons  nous-mêmes. Alors, entendons aujourd’hui la parole de Jésus dire à chacun : « Avance au large et jette les filets », les filets de la confiance et de la foi pour entrer dans un dynamisme missionnaire renouvelé.
 
C’est à cela que nous sommes tous appelés. Car la faim des hommes d’aujourd’hui est criante, comme les foules que Jésus enseignait ! Or, nous ne pouvons pas rester « toute la nuit sans rien prendre ». Il faut entendre Jésus nous dire : « Avance au large et jette les filets », afin de  répondre aujourd’hui dans la foi : « Oui, sur ton ordre, je vais jeter les filets ».
 
 



4e Dimanche du Temps ordinaire


 Les textes bibliques de ce 4e dimanche ordinaire nous invitent à méditer aujourd’hui sur la nécessité de témoigner de notre foi, de notre espérance et de notre charité à la face du monde.

 
La liturgie de la Parole s’est ouverte avec ce que le Seigneur annonce au prophète Jérémie : « je fais de toi un prophète pour les peuples… ne tremble pas devant eux… car je suis avec toi » Ne faut-il pas entendre Dieu nous parler ainsi aujourd’hui, comme il parlait alors pour le prophète Jérémie : Si Dieu veut faire de nous des prophètes, ne tremblons pas car il est avec nous.
 
Le Psaume 70 est une prière adressée à Dieu pour la grâce qu’il nous fait de pouvoir témoigner en sa présence : « Ma bouche annonce tout le jour tes actes de justice et de salut… jusqu’à présent j’ai proclamé tes merveilles ». Oui, la force du témoignage s’origine dans la prière, en reconnaissant la présence et l’action de Dieu en nous, Lui « notre espérance, notre appui, notre soutien, notre secours, Lui qui fait de grandes choses ». C’est ainsi que le psalmiste nous entraîne avec lui pour comprendre que Dieu marche avec nous pour accomplir notre mission et notre vocation.
 
Avec la lettre de Saint Paul aux Corinthiens, nous découvrons à nouveau que le sommet du témoignage que nous avons à rendre aux hommes est celui de la charité, car « s’il me manque l’amour, je ne suis rien ». Aucun témoignage de notre foi n’aura de réelle portée s’il n’est vécu dans la charité, c’est à dire dans l’amour qui vient de Dieu et que nous avons à manifester au monde.
 
Enfin, l’évangile selon saint Luc nous fait retrouver Jésus dans la synagogue de Nazareth alors qu’il  vient de lire le prophète Isaïe. A ce moment là, nous dit l’évangéliste, « tous lui rendaient témoignage et s’étonnait de message de grâce qui sortait de sa bouche. » Nous découvrons là quelque chose de la puissance de Jésus lorsqu’il annonce la Parole de Dieu et qu’il enseigne les foules. Sa parole est vive, puissante, elle bouscule et remet en cause ; elle est aussi contestée, au point que « tous devinrent furieux » et veulent le tuer. Pourtant, jusqu’à la Croix, Jésus continuera sa mission de prophète. Rien ne l’arrêtera dans son ministère d’évangélisation pour révéler le visage de Dieu et son amour pour l’homme.
 
Ce rapide parcours biblique ne peut que nous interroger sur notre mission et notre vocation de baptisés appelés à témoigner de notre foi, de notre espérance et de notre charité, au cœur du monde. Le véritable équilibre de notre vie chrétienne se fait toujours autour du double commandement de l’amour de Dieu et l’amour des frères. Notre témoignage ne sera vraiment authentique et fructueux que s’il nous plonge intensément dans l’amour de Dieu pour vivre tout aussi intensément le service de la charité pour l’homme d’aujourd’hui. Vouloir être chrétien, c’est ne jamais s’échapper ni de l’un, ni de l’autre.
 
Avec Jésus, nous avons le modèle du témoignage authentique : une grande intimité avec Dieu son Père et une présence constante auprès des hommes de son temps, et des plus pauvres en particulier. Et dès le premier message qu’il livre à la Synagogue de Nazareth en citant et en commentant le prophète Isaïe, Jésus ouvre sa mission d’amour et de charité et la poursuivra jusqu’à la Croix dans la fidélité à Dieu et aux hommes.
 
Au regard des textes bibliques d’aujourd’hui notre désir et notre volonté d’être des témoins de Dieu se réveillent en nous. Il y a comme un sursaut du désir d’être meilleurs : meilleur chrétien et meilleur serviteur de la charité. Et il faut maintenant que ce double désir imprègne notre vie de tous les jours pour devenir un peu plus réalité. Car il ne suffit pas de regarder ce qu’a fait Jésus ; il faut que nous le fassions nous-mêmes. Jésus nous a remis sa Parole pour que nous en vivions plus authentiquement et que nous en témoignons. 
 
Soyons témoins de l’amour que nous recevons de Dieu, et dont nous voulons témoigner ! Devenons-le fièrement ! Prenons une part active au témoignage de notre foi, de notre espérance et de la charité de Dieu pour l’homme. Notre vrai bonheur est là et le bonheur du monde passe par là aussi.
 
 


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